Cantini, historien autodidacte et militant antifasciste

hommage • Claude Cantini nous a quittés le 20 décembre 2025. Son interprétation du fascisme selon laquelle celui-ci « ne tombe pas du ciel, mais est toujours une évolution de positions nationalistes et réactionnaires » demeure d’une brûlante actualité. (par Renverse.co, adapté par la rédactio)

Page de couverture du livre "Pour une histoire sociale et antifasciste".

Refusant le service militaire en Italie, Claude Cantini, diplômé d’une école d’agronomie, travaille, au début des années 1950, sur des chantiers du Service civil international, en Calabre. Il entre en Suisse clandestinement vers 1953 pour échapper aux poursuites qui frappaient alors les insoumis à l’armée italienne. De 1957 à 1960, il fait partie du groupe qui reprend la publication du Réveil anarchiste – Il Risveglio anarchico avec Pietro Ferrua (1930-2021), comme lui insoumis à l’armée italienne, et Carlo Frigerio (1878-1966). Une fois sa situation administrative régularisée, Claude Cantini se forme en tant qu’infirmier en psychiatrie et déploie, en parallèle à ses activités professionnelles, associatives et syndicales, une intense activité d’historien.
A deux reprises, Cantini se heurte à la hiérarchie de l’institution psychiatrique, comme il le raconte sous forme de fiction dans une sélection de ses articles parue en 1999 sous le titre Pour une histoire sociale et antifasciste : contributions d’un autodidacte.

Doctorat Honoris causa de Mussolini

Sans espoir de professionnalisation académique en tant qu’historien et sans liens avec cette bourgeoisie locale, Cantini peut écrire librement et en pionnier sur le fascisme vaudois. En 1976, quand paraît sa brochure sur le fascisme italien à Lausanne, presque personne ne parle des rapports entre bourgeoisie suisse et fascisme. C’est dans le cadre des recherches pour la publication de cette brochure (et en porte-à-faux complet avec la mémoire historique bourgeoise officielle, ndlr) que Cantini découvre l’existence d’un doctorat honoris causa attribué par l’Université de Lausanne à Benito Mussolini en 1937, c’est-à-dire à un moment où nul ne pouvait ignorer les exactions perpétrées par le régime du dictateur italien.

Convaincu que le fascisme trouve les conditions favorables de son développement dans la proximité entre bourgeoisie et extrême-droite, Cantini poursuit son travail de documentation sur le fascisme local dans un volume qui paraît en 1992 aux éditions d’en bas : Les ultras. Extrême droite et droite extrême en Suisse, les mouvements et la presse de 1921 à 1991. Ce livre constitue toujours une source utile pour percevoir les continuités entre fascisme historique et résurgences contemporaines.

Histoire d’en bas

Si l’histoire du fascisme vaudois et le cas spécifique du doctorat honoris causa de Benito Mussolini constituent sans doute la part la plus connue de l’œuvre historique de Cantini, elles n’en sont en réalité par vraiment représentatives. Militant syndical et associatif, l’historien a surtout produit de courts textes qu’on peut séparer en deux catégories : d’une part, des articles de vulgarisation de questions historiques ; d’autre part, de courts travaux d’histoire locale.

Il destinait les premiers à la presse syndicale ou associative, en particulier Services publics, l’organe du Syndicat suisse des services publics. C’est ainsi, comme le note Charles Heimberg dans son introduction à Pour une histoire sociale et antifasciste, qu’il présente à ses camarades syndiqué·es la Grève générale de 1918 à l’occasion du cinquantenaire de l’événement, alors que les premiers travaux académiques venaient à peine d’être publiés. Dans la même veine, Cantini publiera dans Agorà, l’hebdomadaire d’information politique et culturelle des Colonies libres italiennes en Suisse, une série de portraits de « figures de l’antifascisme italien en Suisse ».

Quant aux travaux d’histoire locale, Cantini les publie partout où il peut. Il se spécialise dans l’histoire de sa commune de résidence, Forel Lavaux, et contribue fréquemment aux journaux locaux.