Un vrai coup de Jarnac. Début janvier, une centaine de locataires et de commerçants des immeubles du boulevard Carl-Vogt 35-43, acquis en 2020 pour 128 millions de francs par la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville et gérés par la régie Naef, ont reçu une lettre de congé. Du jamais vu dans la cité de Calvin contrairement à ce qui se passe en Suisse alémanique (éviction d’une centaine de locataires dans les immeubles «Sugus» à Zurich). «Ces pratiques s’apparentent clairement aux méthodes de «Leerkündigung» largement répandues en Suisse alémanique, consistant à vider entièrement des immeubles afin de les relouer à des loyers fortement majorés », estime le Parti socialiste genevois dans un communiqué. Face à cette dérive, l’Asloca a annoncé coordonner la résistance et proposer des permanences juridiques pour contester les congés devant la Commission de conciliation en matière de baux et loyers.
A gauche, les partis ne sont pas en reste. Tout en dénonçant une «manœuvre cynique», le PSG en appelle au Conseil d’Etat et à son action. «Celui-ci doit faire appliquer strictement la LDTR (Loi sur les démolitions, transformations et rénovations), refuser toute autorisation qui contournerait ses objectifs, et envoyer un signal clair aux grands propriétaires et aux caisses de pension que Genève ne tolérera pas la jungle immobilière. La puissance publique a les moyens juridiques d’intervenir; elle doit désormais avoir la volonté politique de le faire», estime-il dans un communiqué.
Du côté du Parti du Travail, Tobia Schnebli, son président, dénonce «fermement» la passivité affichée du conseiller d’Etat vert nouvellement élu, Nicolas Walder. Il en appelle à un renforcement des droits des locataires par le lancement d’initiatives populaires. Le parti prévoit aussi d’intervenir au Conseil municipal pour que la Ville de Genève préavise négativement les autorisations de construire. «Cette affaire, qui rappelle d’autres situations en Ville et ailleurs dans le canton, illustre trois problèmes systémiques à Genève et en Suisse: la faiblesse du cadre législatif de protection des locataires; la mainmise des sociétés d’assurances et des caisses de pension sur le patrimoine bâti; et la disparition de logements abordables aux classes populaires. Constamment affaiblis par des partis de droite acquis à la cause des promoteurs immobiliers, les droits des locataires sont réduits à peau de chagrin», relève Tobia Schnebli.
Infos sur https://jonx.ch/
Une réunion des habitants aura lieu le 23 janvier, 19h30 au Foyer de la Maison de quartier de la Jonction.