Retour au temps des colonies : le Panama sous joug étasunien

International • Le président du Panama, Jose Raul Molino, a mené une répression sanglante dans la ville de Bocas del Toro contre les opposants à l’alignement du pays sur les intérêts de Washington et le rétablissement de bases militaires des Etats-Unis.(Par Erika Gimenez, paru dans Peoples dispatch, adapté par la rédaction)

José Raúl Mulino, président du Panama. (Ministerio de R.Exteriores Peru)

Le 15 septembre 2025, les syndicats SUNTRACS et FRENADESO, les mouvements de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), l’Assemblée populaire internationale, ainsi que Saúl Méndez et Jorge Guzmán, dirigeants du mouvement populaire au Panama, ont tenu une conférence de presse pour dénoncer et rejeter l’accord signé entre l’armée étasunienne et le gouvernement de José Raúl Mulino.

« Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Etats-Unis cherchent à se repositionner militairement dans les endroits hautement stratégiques de notre région, et le Panama est un centre géopolitique clé grâce au canal. Cette artère du commerce mondial met les intérêts des Etats-Unis en conflit avec ceux de la Chine », ont déclaré les mouvements ALBA, en référence au discours de Trump. Ce dernier affirmait que le Parti communiste chinois était propriétaire du canal, exploitait deux ports importants et qu’ils pouvaient être convertis en bases militaires chinoises. Fort de ce discours, il a commencé à intensifier ses agressions et ses pressions sur le territoire panaméen.

En quoi consiste l’accord ?

L’accord signé en avril 2025 par le président Mulino et le gouvernement des Etats-Unis est l’instrument qui officialise le retour des troupes étasuniennes sur le sol panaméen. Il accorde à l’armée américaine le droit d’y rétablir trois bases militaires. Selon les mouvements populaires panaméens, « ce protocole d’accord viole de manière flagrante le traité de neutralité permanente du canal de Panama de 1977, qui établit la neutralité de l’infrastructure et de la République en temps de “paix et de guerre”, et qui avait été la pierre angulaire de la souveraineté retrouvée après des décennies de lutte », ont-ils expliqué.

Depuis plusieurs mois, des organisations et des syndicats se mobilisent contre le gouvernement panaméen et mènent diverses actions de protestation. Mulino a réagi en discréditant et en criminalisant les manifestations ; il a organisé une répression violente systématique et a arrêté arbitrairement des dirigeants politiques et syndicaux.

Jorge Guzmán, dirigeant du Mouvement communautaire national, a expliqué qu’à la suite du massacre de Bocas del Toro (opération Omega) en juin 2025, le gouvernement a déclaré l’état de siège afin de réprimer les manifestations des indigènes et des paysans. « Le bilan rapporté est choquant », a-t-il déclaré. « Un décès confirmé par arme à feu, malgré les démentis officiels. La population signale plus de 25 personnes disparues qui ne sont pas rentrées chez elles. Il y a eu 311 arrestations illégales, avec 108 cas signalés de torture, de viol et d’abus sexuels. Des femmes ont été violées et rasées, et des hommes ont eu des côtes et des bras cassés », rapporte Guzmán. « Nous devons nous rappeler que le Panama a récupéré son canal grâce à la lutte historique menée dans les rues par le peuple panaméen », explique Saúl Méndez, « En ce moment même, en octobre, cela fait 100 ans que dure cette lutte. »

« Nous sommes confrontés à une situation dans laquelle l’empire décadent perd de sa puissance face aux BRICS et à la Chine, et tente de consolider ce qu’il considère comme son arrière-cour : notre Amérique », affirment les mouvements ALBA.
L’accord avec les Etats-Unis est l’axe d’un projet de soumission à l’impérialisme yankee, mené sous un gouvernement panaméen aligné sur l’extrême-droite continentale. L’accord est mis en œuvre par une répression féroce de la population, sacrifiant sa souveraineté et sa vie au profit des intérêts étasuniens.