Ouverture dominicale des magasins : une fausse petite réforme, une vraie brèche antisociale

TRAVAIL • La droite veut déréguler les horaires des magasins au détriment des salarié-e-s. Il est indispensable de se mobiliser pour rejeter la modification la LHOM le 14 juin prochain.

À Genève, l’histoire sociale s’est écrite à force de compromis respectés et de protections durement acquises. Pourtant, sous prétexte d’accorder une simple dérogation pour deux dimanches par an avant les fêtes de fin d’année, la majorité de droite du Grand Conseil a voté un texte à la hussarde qui rompt ce fragile équilibre. Derrière les discours lénifiants, cette modification légale représente un hold-up démocratique et un recul social violent pour le personnel de la vente, un secteur dont les conditions de travail sont déjà lourdement précarisées.

Pour nous convaincre, les milieux patronaux et les partis de droite, comme le Mouvement des citoyens genevois (MCG), agitent l’épouvantail du tourisme d’achat en France voisine. C’est un contresens économique doublé d’une hypocrisie politique majeure. Comment ces mouvements peuvent-ils prétendre défendre l’économie locale tout en s’alignant sur la dérégulation française ? En supprimant l’obligation de Convention collective de travail (CCT) pour autoriser l’ouverture dominicale, ils importent précisément le modèle de précarisation qu’ils prétendent combattre et détruisent nos protections cantonales.

Cette volonté de piétiner la paix du travail n’est pas un cas isolé ; elle s’inscrit dans une offensive globale à l’échelle nationale. En Suisse, si les CCT de force obligatoire font rempart dans l’industrie ou la construction, le secteur du commerce de détail demeure le parent pauvre de notre modèle social. Les protections y sont émiettées, fragiles, voire inexistantes. Ce coup de force genevois s’articule d’ailleurs parfaitement avec les velléités de la droite parlementaire à Berne, qui s’acharne à vouloir briser l’autonomie des cantons en attaquant nos salaires minimums, à commencer par celui de Genève. La stratégie reste inchangée : imposer par le haut (top-down) un démantèlement des acquis et mordre dans le pouvoir d’achat réel de la population.

Le dogme de la consommation à tout prix se heurte pourtant à une reality mathématique : étendre les horaires n’a jamais créé de pouvoir d’achat. L’argent que les ménages dépenseront le dimanche est simplement de l’argent qui ne sera pas déboursé en semaine. Ce n’est pas le temps qui manque aux Genevoises et aux Genevois pour consommer, c’est le revenu. La vraie relance économique passe par la revalorisation des bas salaires, pas par l’allongement des journées de travail. Quant au prétendu « volontariat » vanté par la droite, il s’agit d’une fiction managériale. Dans une branche où les contrats à temps partiel subi et les sièges éjectables sont la norme, quel employé a réellement la liberté de dire non à son patron sans craindre pour son emploi ?

Derrière les concepts de flexibilité, ce sont près de 20 000 personnes à Genève qui se retrouvent en première ligne, dont deux tiers de femmes. Imposer le travail dominical en décembre, c’est condamner des travailleuses — souvent des mères célibataires — au surmenage et au stress, en leur volant les rares moments de répit et de vie de famille au moment des fêtes. Ce mépris du quotidien fait écho au ras-le-bol plus général qui s’exprime dans notre canton, à l’image des récentes mobilisations de la fonction publique et du secteur subventionné contre l’austérité budgétaire.

Un scrutin serré sous le radar médiatique

Alors que les projecteurs helvétiques et genevois sont braqués sur d’autres objets de votation, le danger serait de croire l’issue de ce scrutin scellée d’avance. La droite mise sur l’indifférence et la démobilisation pour faire passer sa réforme en douce. Pourtant, l’histoire récente des votations sur les horaires de commerces montre que chaque voix comptera pour faire pencher la balance. Ce scrutin sera serré, et l’indifférence est l’alliée de la dérégulation. Ne laissons pas ce choix crucial pour notre modèle de société se décider dans l’ombre. Le dimanche, on débranche. Le 14 juin, rejetons cette modification de la LHOM en votant un NON de justice et de résistance. Protégeons nos CCT, défendons notre temps libre et affirmons haut et fort que notre dignité humaine n’est pas à vendre.